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ÕÝÍÉ ááÚÑÖ ãäÐ March 2009
 

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En arabe et en français Poèmes de Tareq traduits de l'arabe 07




  Poèmes de Tareq Alkarmi traduits de l'arabe (Palestine)
Par Salah Al Hamdani et Isabelle Lagny
Septembre 2007 - France
 

 

 

 

 

(Soie)
 

Tellement frais
(Profond comme une chanson d'enfant)
L'air qui traverse l’arcade de la chambre
Vert, cet air te transperce (est-ce l'odeur de la mer ou le souffle du thym sauvage ?)
Encore plus léger que l'air
Es-tu désormais le rideau qui s'ouvre telle le corsage de l'adolescente ?
Es-tu désormais  le tapis d’épices et d'herbes, la flûte scintillante entre ses doigts ou encore une aile qui bat lorsque des mèches d’air la frôlent ? (Tu le seras)
Est-il un serpent fait de soie ? (serpent de soie)
De quelle fraîcheur vient celui qui traverse l'air, celui-là ?
Doux, hâtant le pas lorsqu'il te traverse avec sa splendeur
Il te portera sur sa paume tendrement puis te poseras dans le jujubier du sommeil.
 

Fin juillet / plaine littorale
 

 

 

(Récital)
 

Atteint par les sept balles de la sérénité (mon bras était le prolongement de l'eau et ma respiration, ce que l'enfant exprimait dans son sommeil)
Criblé par les sept balles de la sérénité
Mes cils se joignent (mes cils se joignent-ils ?)
Le vent endormi semble venir de sous le bras de mer
Le vent qui s'évanouissait entre les rochers avec ses robes imprimées par la bruine légère
A présent comme je te le dis
Atteint par les sept balles de la sérénité
Je clos mes cils afin que le vent enivrant me traverse
Que le vent me traverse (me pénétrant jusqu'au tréfonds)
Criblé par les sept balles de la sérénité
Je m’abandonnerai à la lenteur du vent en sommeil pour qu’il me traverse
Qu'il me balance entre les scintillements de la flûte et ses doigts
Fondus
 

Mi-août / plaine littorale
 


 
(Divine enfance)
 

Ces gamins qui sont faits de roseaux frêles
Et de branches de palmiers font naître leurs cerfs-volants
D’un fil de leur chandail
Ces gamins étirent le haut des cieux avec leurs cerfs-volants (mais le fil de leur chandail ne tient pas le ciel attaché à l’arbre de l’enfance) 
Et ces gamins nés dans le pays de la guerre resteront des gamins (inventeurs de fêtes...)
Ils continueront à faire voler leurs cerfs-volants en dépit des dieux de la guerre
Dans des cieux labourés par des avions de guerre
Cieux pliés
(Ce matin les anges sont-ils partis avec les ailes des alouettes ?)
Le vent ne souffle pas la plainte du jaune des branches dépouillées de leurs feuilles
Le vent étend le bleu de ses bras dans le pays de la guerre
Et sous les cieux brûlants
En un instant nous entendons le concert du diable, cieux de jugement dernier
Les avions de guerre approchent
Et déjà, dans ces cieux friables, l’aviation militaire
Quoi d’autre alors que les cerfs-volants des gamins pour faire face aux avions de la guerre ?
 

Plaine littorale
 

 

 

 

(Au bord d’une quelconque chanson)
 

A la hâte (ou presque) j’écris un poème comme
Une fille ôterait son pantalon
Nous ne connaissons des chansons que le silence de l’une d’elle
Ne connaissions-nous des chansons que le silence d’une seule chanson ?
Le monde ne nous accorde-t-il pas un instant afin que nous rêvions pour une fillette de sa fleur originelle ?
Que l’enfant dorme déposé dans sa coquille, que le jeune homme sillonne le ciel d’un pas ailé et que le monde devienne notre paradis
Foutaises
A la hâte je déchire un poème comme on déchire le pantalon d’une jeune fille à
Violer.
 

Mi-août / plaine littorale
 

 


(visage d’une prostituée, visage pour le pays)
 

Je suis allé dans une auberge parisienne (l’auberge était vieille, à peine tenait-elle sur ses marches de ciment)
Avec une prostituée d’une cinquantaine d’années
Moi et la prostituée... (mais qui se prostituait ?),
Nous nous sommes affalés sur le lit, au plus profond de la nuit de ce lit
Les craquements du froid gagnaient même le bois de la fenêtre
Le vent, une louve blessée
Nous bavardions et buvions une anisette
Je lui demandai de quel pays elle était ? (Moi, je suis originaire de tous les pays)
La chambre était sombre, alors je touchai son visage, seul compagnon pour cette nuit (un visage de sainte)
Je touchai son visage pour sentir mon propre visage car je ne m’en souvenais plus...
Le visage de la prostituée se transforma en coulées, une icône
Son visage se déversait comme l'itinéraire de ces rues où sont tombés beaucoup de mes frères
Il se répandait en chemins pour les chiens et des arbres gémissaient sous une pluie qui n'existait plus
Rien, ni visage, ni demeure apte à préserver mes os
Pour seul ami véritable, ton visage dans la solitude de cette nuit
Pose ce visage dans mes mains afin de le mettre à l’abri de cette solitude
Visage absent, à entrevoir en cet instant (quel visage est présent dans mon esprit à cette heure précisément ?)
Je dévore ton visage qui suinte d’une multitude de lunes (alors qu’un loup hurle entre des côtes) J'étreins ton visage, ce compagnon d’une nuit, ton visage qui s'arrondit entre mes mains... afin qu’entre mes mains, il se sente préservé, tandis que le cernent mes regards passionnés et cette pensée:
O, visage de mon pays.

 

 

(L'oiseau 4)
 

Quel ciel-plume descendait dans ma paume ?
Dans les cieux nommés par l'oiseau
en égrenant le chapelet, je dirai: non je n'idolâtrerai pas l'oiseau
Celui qui m'offre d’aller au ciel
Celui qui ouvre à l'aile surprise le monde des cieux
Me faire habiter le jujubier et
sa branche éternellement humide de rosée
Une distance me sépare en un battement de cils du Paradis pris dans l'équation de l'oiseau
De laquelle de ses plumes germe l'âme ?
Qui tatoue cette âme
Quel battement m’a possédé, laquelle de ses ailes a fleuri
Et laquelle de ses ailes m'a donné le vertige
au point de m'éloigner avec l'oiseau
croyant que j’étais cet oiseau ?
 

Pendant une nuit / fin août / Toul-Karm
 

 

 

(Estampillage sur une boîte de conserve)
 

Les conserves s'étalent sur le sol de la cuisine du célibataire
Les conserves s’entassent sur les étagères de l'épicier
Les conserves peuplent les casernes militaires
Et dans l'air étouffant aussi, des boîtes de conserve remplissent
les sacs que nous avons laissés la veille
le lit des deux amants à la fin de leur nuit dans une auberge du bord de mer
les entrepôts des marchands de guerre
 

Les navires, une fois partis, n'ont laissé sur la grève que des boîtes de conserve
Que celui qui écoute (chanson insignifiante) sa voix tumultueuse sortant d’une boîte de fer, s’élance par les pieds du vent de la ruelle, et dans le vent qui s’entend, l’aspirera, vent vêtu de boîtes métalliques, grelots qui s'éloignent avec le vent obese
qui, une fois ouverts, répandent nos odeurs
jusqu’à celle des doigts marinés de ma fillette
 

Les pièces de ma maison (celle qui va finir par exploser, et moi avec) prennent maintenant l’apparence de boîtes de conserve.
Quelqu'un aurait-il dit que les gens sont faits de métaux différents ? Le métal dont les hommes sont faits est à présent très particulier. Qu’en est-il des tombes qui ne sont que des boîtes de conserve (dans lesquelles nous sommes supposés reposer) maintenant que nous sommes tous devenus de simples consommateurs ? Comment le monde s’est-il ainsi rétréci en nous, êtres-boîtes et quel âge (le tien) a-t-il été dépassé sur les boîtes de conserve
Quelle date de péremption cherches-tu pour la fin de la vie
En retournant les boîtes.
 

Matin / fin d'août / Toul-Karm
 

 

 

(Adhésion)
 

Tu continueras à mastiquer le nom de ce pays
Sans cesse tu mâcheras ce pays (fourrage de chèvres)
Mais tu oublieras ce même pays mastiqué sur les sentiers de chèvres
Mâché comme des chemises d'herbes et de roseaux
Tu partiras de ce pays, gomme à mâcher par la bouche du regret
Vers un pays que tu ne mastiqueras pas (trèfle des prés)
Non, tu ne mâcheras pas le trèfle des prés pour les chèvres
Tu ne seras pas une gomme à mâcher, une rouille sous tes molaires de lait
Mais sur les sentiers des chèvres
Lorsque tu exhiberas ton pas affaibli...
Le pays restera collé irrémédiablement à tes chaussures
tel un chewing-gum sous chacune d’elles.
 

Pendant la nuit / début août / Toul-Karm
 

 

(La question-la réponse)
 

Toi aussi, comme moi tu es ébloui ?
Ce général et Dieu, d'où nous a-t-il ramené toutes ces décorations
scintillantes comme des gouttes d'Or
ouvertes comme des bétulacées de myrtes (au passage, toutes mes excuses aux myrtes)
Et précieuses comme la virginité de nos filles ?
Pourtant ce général n'a participé à aucune guerre, ni blanche ni froide, et ses fureurs n’ont jamais dépassé les murs de la buvette du club des officiers
ni ceux des appartements de la nuit, lors de ses transactions
avec les nettoyeurs de draps
On se demande bien d'où sort ce général... dans un pays de généraux !
Pour toutes ces décorations
Avons-nous le droit de demander, nous les nègres du général, avec nos yeux circoncis,
d'où il a bien pu ramener toutes ces décorations ?
Il est vrai que nous sommes les mieux placés pour savoir que nos cicatrices sont des opalescences cueillies sur l'épaule du général
Pourquoi donc aller se poser des questions, sur les décorations du général !
 

Pendant la nuit / début août / Toul-Karm
 

 

 

(Le joueur de violoncelle)
 

Je l'observe à présent, seul, dans la salle de répétition avant le récital

Lorsque le violoncelliste virtuose a sorti le violoncelle de son boîtier en bois recouvert de cuir
C’est comme s'il avait sorti une momie au soleil
A sa manière de retendre ses cordes (veines fixées sur l’instrument)
De l’essuyer afin que circule au mieux les vibrations dans le bois
Il me vient : comment ce bois va-t-il fleurir ?
Le joueur de violoncelle, prend place maintenant sur une chaise sans dossier ni accoudoirs
Le public averti est à présent totalement concentré sur ce qui va sortir de fraîcheur du bois de l’instrument

Il écoute ce qui va bourgeonner de ce bois
Le musicien tient fermement son archet comme la chevelure d’une femme
Bientôt il va poser cet archet sur ses veines tendues comme ses racines
Cajoler de ses doigts le cou du violoncelle
caresser la hauteur de la première note
Dans les frémissements du bois précieux et verdoyant au son léger
Paupières baissées, la tête inclinée vers le cou du violoncelle
Comme s’il lui chuchotait quelque chose
Auquel le violoncelle lui répond d’une façon verdoyante et profonde
Ce violoncelliste danse (librement) avec l’instrument
le prenant par la taille, l’enveloppant et tournant avec lui dans le ciel qui s’entrouvre
Alors il perçoit  la verte éclosion du violoncelle
qui gémit à présent comme une femme
Quelle est cette femme répondant au nom de Violoncelle qui gémit à présent ?
 

Midi / début août / Toul-Karm
 

 

(Luisances)

 

La poussière se dissout dans la poussière
Poussière de ciel
Ciel de poussière
Poussière qui vole, lumineuse
Poussière comme une barbe sur l’herbe du soir
et qui poudre la tête du jeune homme
Poussière odorante sous les ongles du tourbillon
 
De quoi se remplissaient tes yeux
Sinon de poussière
Et puis, qui a prétendu que l’or ne deviendrait pas poussière
Seul la poussière restera
comme de l’or.
 

Août / plaine littorale
 

 

 

(La fleur 3)
 

Cette fleur à demeure dans le vase de verre, que sait-elle de sa cruauté dans le soir lointain ?
Cette fleur dans la main de la jeune fille, me fera-t-elle souvenir d’elle dans la braise de la timidité ?
Il y a une fleur pour moi qui s’agite dans la poussière
Il y a aussi une fleur qui ne s’agite pas pour moi dans la poussière
Comment cette merveille parfumée a-t-elle pu me faire éclore, me pousser avec sa vague, me bercer dans un ciel de soie ?
Dirais-je que je possédais une fleur dans la cruauté d’un paradis floral ?
Adresserais-je à celle qui me vénérait un bonsoir fleuri ?
Je possède également une fleur atteinte d’une précieuse maladie
Qui me lapidera avec cette fleur ?
Qui marquera au fer avec cette fleur, mon nez désormais aveugle des senteurs ?
Qui soignera ma bouche avec elle afin que je puisse parler encore
Qui frottera mon corps avec elle lorsque j’agoniserai de bonheur ?
Qui la ramènera de l’endroit le plus reculé du monde pour la poser sur ma tombe enfin heureuse ?
 

 



 

 

(Une soirée de mer)
 

Tu me reviens Yafa, poisson Yafa entre artère et artère... la vague qui verdoie entre artère et artère
Le hasard premier survient selon la volonté de Dieu
Quelle est celle qui m’a envoyé le vibrant mirage d’un oiseau afin qu’il s’abatte sur moi cette nuit ?
La mer desserre son lit d’eau pour que le drap du ciel s’en approche
Odeur des roseaux ployés pour que la vague s’étale
La mer assoie sa chaleur dans nos yeux et
l’ondoiement se pavane sur sa vague
Yafa restait là à décorer l’herbe d’éclairs... de colliers de foudre... alors que les poissons carnivores s’élançaient depuis le nombril des huîtres... dans la tempête d'eau où gisaient blancheur et turquoise en sommeil
Yafa, cette nuit, en battant des cils, refermera son ciel mauve sur moi... ses deux cuisses avirons.
Yafa, mon nonchalant, pour cette nuit, tout restera dans le lit
De l’eau
 

Matin d’août / plaine littorale
 


 



(Ciel aviné)
 

Paris est une nuit qui s’envole, un paradis jusqu’au bout de la nuit... Nuit titubant sous ses lumières...
Nuit guidée par des yeux-lanternes...
Lanternes qui buvaient son souffle dans les paumes…
Comment le ciel a-t-il pu accrocher la chemise de Dieu sur la Tour de la capitale ?
 

Le musc est un nuage pour les beautés célestes de ces Champs Elysées dont le vin scellera jusqu'aux bouches cette nuit 
Que les filles des gaulois hennissent pour que le raisin mûrisse
De quel côté de la ligne séparant la vie et la mort serons-nous ?
Nous titubons entre les poissons des cieux
Cieux qui nous ramènent aux cieux
De quel côté de la ligne entre la vie et la mort le bateau de Rimbaud nous amènera-t-il... il…il… il... il…il… il... il…il… il... il…
Avec la Seine, salive de Dieu.
 

Matin d’août / plaine littorale
 



 

 

 










ÍÞæÞ ÇáäÓÎ © ÈæÇÓØÉ . ÌãíÚ ÇáÍÞæÞ ãÍÝæÙÉ. ãæÞÚ ÇáÔÇÚÑ ØÇÑÞ ÇáßÑãí ÌãíÚ ÇáÍÞæÞ ãÍÝæÙÉ.

äÔÑÊ ÈÊÇÑíÎ: 2009-03-02 (238 ÞÑÇÁÉ)

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